ANNABELLA (1907 / 1996)

Plutôt qu'une succession chronologique,nous avons choisi de séparer la carrière cinématographique d'Annabella en 4 volets: les films muets, les premiers films parlant français avant son départ pour Hollywood, les films hollywoodiens, les films post-hollywoodiens.

Les Films muets

1927 - NAPOLEON, d'Abel Gance

Le film d'Abel Gance nous fait revivre la première partie de l'épopée napoléonienne, la plus brillante et la moins criticable, de l'école de Brienne jusqu'à la campagne d'Italie. Pour son premier rôle à l'écran, Annabella incarne l'un des rares personnages non historiques imaginés par le réalisateur, celui de Violaine Fleuri, une jeune fille discrètement amoureuse du beau soldat révolutionnaire. Cette oeuvre magistrale sera retouchée en 1934 par son auteur, qui tournera des scènes supplémentaires, et en 1971, pour un nouveau montage renommé «Bonaparte et la Révolution».

1928 - MALDONE, de Jean Grémillon

Non, il n'y a pas de faute d'orthographe dans le titre : Maldone est le nom de la famille au sein de laquelle se joue le drame de ce film noir. Toutefois, il semble qu'aux Etats-Unis, il se soit intitulé «Misdeal», c'est à dire «Maldonne» ! En outre, nous ne sommes pas certain que les versions aujourd'hui présentées soient complètes (85mn au lieu des 102 annoncées), car nous disposons de photographies montrant des personnages qui n'apparaissent pas dans celle que nous avons visionnée, comme le fils du couple principal. Quant à notre vedette, Annabella, mignonne dans la beauté de ses vingt printemps, si elle n'apparaît que dans la seconde moitié de cette oeuvre muette, son rôle n'en n'est pas moins important puisqu'elle incarne l'épouse délaissée d'Olivier Maldone (l'imbécile !).

1928 - TROIS JEUNES FILLES NUES, de Robert Boudrioz

L'opérette homonyme d'Albert Willemetz et Yves Mirande, dans laquelle jouait Gabin père, est adaptée pour le cinéma (muet !) par René Boudrioz. Annabella y interprète la plus jeune des nièces de Mme. Ducrost. Dans l'oeuvre originale figurait une 3ème nièce, Lola, tandis que Lotte n'était que la pupille. Nous ignorons s'il existe encore une copie de cette gentille oeuvrette. En tout cas, qu'on s'en tranquillise ou qu'on le regrette, aucune jeune fille n'apparût nue à l'écran en cette occasion : les journaux de l'époque sont formels !

Les premiers films parlants

1930 - BARCAROLLE D'AMOUR, de Gustav Froelich et Henry Roussell

Analyse

1930 - LA MAISON DE LA FLECHE, de Henry Fescourt

De ce film que nous n'avons pas vu, il faut retenir le rôle négatif tenu par Annabella, une composition à ma connaissance unique dans sa carrière.

1930 - ROMANCE A L'INCONNUE, de René Barberis

Analyse

1931 - DEUX FOIS VINGT ANS, de Charles-Félix Tavano

Analyse

1931 - AUTOUR D'UNE ENQUÊTE, de Robert Siodmak et Henri Chomette (version française)

Film policier comme son nom l'indique. Bien que la fin en soit un peu précipitée, l'intrigue, habile, fonctionne toujours quelques huit décennies plus tard. Citée très tôt au générique , Annabella n'apparaît tout au plus qu'une douzaine de minutes, mais de façon plus convaincante que Pierre Richard-Willm. Elle n'est pas de la version allemande, son personnage y étant incarné par une certaine Charlotte Ander. Robert Siodmak maîtrise parfaitement sa réalisation. Au final, un film plutôt bien ficelé.

1931 - LE MILLION, de René Clair

René Clair a remarqué la jeune Annabelladans le «Napoléon» d'Abel Gance. Il en fait sa vedette féminine principale pour ce film charmant tourné comme une opérette. Légèreté et joie de vivre sont au menu dans un cinéma parlant qui n'est pourtant pas loin du burlesque.

1931 - PARIS-MEDITERRANNEE, de Joe May

Annabella apparaît dans la version fançaise de ce film de Joe May, tournée en 1931 dans les studios de Joinville. Elle y partage pour la première fois l'affiche avec son futur époux, Jean Murat. Chantante (mais doublée par Leila Bensedira) et souriante (qui n'en verse pas moins une larme en apercevant la mer pour la première fois), elle est au meilleur de son jeu. Parmi ses partenaires, dont beaucoup demeurent encore aujourd'hui non identifiés, on note la présence d'un comédien injustement oublié, Frédéric Duvallès, un Fernandel avant la lettre.

1931 - SON ALTESSE L'AMOUR, d'Eric Schmidt et Robert Péguy

Analyse

1931 - UN SOIR DE RAFLE, de Carmine Gallone

Analyse

1932 - MARIE, LEGENDE HONGROISE, de Paul Féjos

Pour le tournage de ce film, Annabella se rendit en Hongrie, en compagnie de Germaine Aussey et de l'opérateur Georges Périnal. Sur le plateau, elle donna la réplique à de nombreux acteurs hongrois, profitant de ses heures de liberté pour découvrir la vie des paysans locaux, désolés de la maigreur de la jeune actrice ! La collaboration avec le réalisateur Paul Fejos fut excellente et notre vedette conservera un bon souvenir de cette aventure.

1932 - UN FILS D'AMERIQUE, de Carmine Gallone

1933 - QUATORZE JUILLET, de René Clair

Film léger au bon sens du terme, «Quatorze juillet» de René Clair nous offre une Annabella fraîche et ravissante, évoluant dans une ambiance qui annonce déjà le tout proche Front populaire. Les ouvriers y paraissent insouciants des lendemains qui ne chanteront peut-être pas tandis que les bourgeois s'y montrent ridicules. Même les truands sont sympathiques et bons enfants. Alors, goûtons notre plaisir sans réserve.

1933 - LA BATAILLE, de Nikolas Farkas

Devoir, Honneur et Amour s'affrontent dans cette histoire construite comme un drame cornélien dont les personnages n'auraient pas la grandeur. En prime, nous avons droit à quelques images véritables de la marine française des années trente, dont les plus vieux éléments devaient finir à Mers El Kébir. Mais tout de même, Annabella en marquise japonaise, fallait oser !

1933 - MADEMOISELLE JOSETTE, MA FEMME, d'André Berthomieu

1933 - GARDEZ LE SOURIRE, de Paul Féjos et René Sti

Film optimiste, donc, qui nous permet de voir une Annabella dans le rôle d'une jeune femme souriante et heureuse après avoir surmonté une période difficile qui l'aura amenée jusqu'au bord du suicide. Heureusement, Gustav Fröhlich, animé de la même intention, était là, empêcheur de se noyer en rond ! Le couple vedette apparaît dans les deux versions, française et autrichienne, tournées simultanément à Vienne. Une oeuvre euphorisante !

1934 - CARAVANE, de Eric Charell

Annabella apparaît dans la version française, tournée à Hollywood, de ce film mis en images par le réalisateur allemand Eric Charell. Loretta Young incarne le même personnage de la princesse Wilma dans la version américaine. Hymne à l'amour et à Bacchus, ce film léger - au bon sens du terme - constitue l'une de ses plus éblouissantes compositions de notre vedette dans la langue de Molière.

1934 - LES NUITS MOSCOVITES, d'Alexis Granowsky

Le récit de Pierre Benoît, à l'origine de ce film, n'a rien à envier aux grandes histoires de la littérature russe. Même si l'on est rarement surpris par le comportement des personnages, on se laisse prendre au jeu des acteurs, sans voir le temps passer. Si Harry Baur y est, comme toujours, étincelant, Annabella, prise entre l'amour et le sacrifice familial, aura raison de tous les obstacles. On est content pour elle, avec un peu de jalousie, tout de même ! Ne manquez pas la première apparition de Tino Rossi à l'écran : chantante, seulement !

1935 - LA BANDERA, de Julien Duvivier

Un grand moment de cinéma, mené par un trio d'acteurs étincelants : Jean Gabin, Raymond Aimos et Robert Le Vigan …auxquels vient se mêler, dans la seconde moitié du film, une Annabella en robe berbère, brunie à souhait. Initialement attribuée à une danseuse marocaine aux qualités d'actrice limitées, le rôle lui échoit à la demande du réalisateur, Julien Duvivier.

1935 - L'EQUIPAGE, d'Anatole Litvak

Drame militaire et sentimental, cette oeuvre vaut surtout par les images de la guerre aérienne que se livrent Français et Allemands lors du premier conflit mondial. L'intrigue n'en demeure pas moins intéressante et le triangle amoureux (Annabella, Charles Vanel et Jean-Pierre Aumont) fonctionne bien.

1935 - VARIETES, de Nicolas Farkas

Rôle intéressant pour l'actrice, mais film mineur pour l'histoire du cinéma. Jean Gabin, possessif et violent, incarne l'un des personnages les plus antipathiques de sa carrière. Cette co-production franco allemande fut tournée en versions française et allemande avec Hans Albers, toutes deux avec Annabella.

1935 - VEILLE D'ARMES, de Marcel L'herbier

Drame militaire et sentimental, où comment Victor Francen retrouve son honneur de marin en apprenant la faute de son épouse, Annabella, dont la performance artistique sera récompensée au Festival de Venise. Non restauré à ce jour, ce film est très difficile à revoir sur les écrans français, petits ou grands. En 2010, la chaîne Histoire en a pourtant assuré la rediffusion. Bravo !

1936 - ANNE-MARIE, de Raymond Bernard

Dans ce film tourné en compagnie de son époux, Jean Murat, et relatant à nouveau le monde de l'aviation, Annabella prend cette fois les commandes de l'appareil. Le sujet, grave, est dans l'air du temps.

1937 - LA CITADELLE DU SILENCE, de Marcel L'Herbier

Dans la lignée de "La bataille", "L'équipage" ou "Veille d'armes", ce drame patriotique nous présente Annabella en épouse d'officier qui n'hésite pas à trahir son époux pour une cause, cette fois, humanitaire. Honneur, sens du devoir, résistance à l'occupant : tous les ingrédients semblent annoncer les événements qui allaient déchirer l'Europe dans les années à venir. Ce film n'étant pas disponible en DVD, il est très difficile de le revoir aujourd'hui.

1938 - HÔTEL DU NORD, de Marcel Carné

Que dire d'original sur ce chef d'oeuvre de Marcel Carné ? Annabella retrouve Jean-Pierre Aumont, tandis qu'Arletty et Louis Jouvet rivalisent de trucculence, des dialogues d'Henri Jeanson plein la bouche. Bon appétit !

Les films hollywoodiens

1937 - LA BAIE DU DESTIN, de Harold Schuster

Bande mineure, certes, mais qui nous vaut l'avantage de découvrir Annabella en technicolor. Les scénaristes ont eu l'idée saugrenue de transformer notre amie en garçon pour un bon tiers du film : quel gâchis ! Mais ne boudons pas notre plaisir avec cette histoire de gitans et de chevaux, d'autant plus qu'on y découvre un Henry Fonda à peine “décoffré” et pas encore engagé dans ces travaux fordiens. Ah! Je n'ai pas bien compris le titre français : certes, il y a une baie, mais de là à en faire un instrument du destin …

1937 - DÎNER AU RITZ, de Harold Schuster

Analyse

1937 - UNDER THE RED ROBE, de Viktor Sjöstrom

Dans ce film historique aux décors de carton-pâte, Annabella évolue, innocente et délicieuse, lançant à l'occasion un regard engageant vers Conrad Veidt qui ne s'y trompe point. Il lui sacrifie toutefois son honneur face en Cardinal de Richelieu aussi peu crédible que possible. Toutefois, Happy end assuré ... et tant pis pour l'Histoire !

1938 - LA BARONNE ET SON VALET, de Walter Lang

Cette comédie tout aussi délicieuse qu'invraisemblable étonne par sa liberté de ton et de situations, caractéristiques plutôt rares dans les films américains de l'entre-deux guerres. Annabella, délaissée par son mari Joseph Schildkraut, n'hésite pas à flirter avec son majordome, le sémillant William Powell. On la comprend !

1938 - SUEZ, d'Allan Dwan

Analyse

1939 - BRIDAL SUITE, de William Thiele

Film de série 'B', «Bridal suite» est une comédie sans prétention qui ne fut pas distribuée en France. Si l'histoire n'a que peu d'intérêt, la décontraction des comédiens est contagieuse. Les Alpes suisses, reconstituées en studio, n'eclipsent en rien la beauté souriante d'Annabella. Son partenaire Robert Young se fera connaître chez nous par sa participation à la série télévisée «Papa a raison» : c'était lui !

1943 - TONIGHT WE RAID CALAIS, de John Brahm

Film de propagande. L'histoire, censée se dérouler en France, n'a plus grand intérêt, quelques 60 années plus tard. Annabella y incarne la fille de Lee J. Cobb, très connu des téléspectateurs pour son apparition dans la série télévisée «Le Virginien».

1943 - BOMBER's MOON, de Charles Fuhr, Harold Schuster

Ce film de série 'B', réalisé par les faiseurs hollywoodiens Edward Ludwig et Harold Schuster sous le patronyme partagé de Charles Fuhr, n'avait d'autre utilité que de faire vendre des bons pour la défense en une période noire pour l'humanité, comme le confirme le petit encart sur la trame finale. Engagée par ailleurs dans de nombreuses actions de ce genre, Annabella poursuit son devoir sur l'écran. C'était sa façon d'aider son Europe et sa France natales.

1947 - 13, RUE MADELEINE, de Henry Hathaway

Film de propagande. La première partie, préparation des apprentis espions, attire l'attention. La fin, reconstitution de la vie d'un petit village français sous l'Occupation, reste caricaturale et l'intérêt s'étiole. Annabella apparaît là dans un rôle secondaire. Elle meurt à la fin, c'est vous dire si l'on n'aime pas ce film !

Les derniers films français et européens

1947 - L'ETERNEL CONFLIT, de Georges Lampin

Annabella revient sur la piste d'un cirque, douze annés après «Variétés». Elle s'y montre encore plus séduisante et l'on comprend que trois hommes se déchirent autour d'elle. Fernand Ledoux tient là un de ses plus beaux rôles dans la peau d'un professeur désenchanté remarquablement dessiné par Charles Spaak. Ce dernier met également dans la bouche de ses personnages des dialogues qui ne sont pas innocents du plaisir que l'on prend à regarder ce film.

1949 - DERNIER AMOUR, de Jean Stelli

Mélodrame sentimental, sur le thème éternel du triangle amoureux. Comment une épouse jalouse (Annabella) pousse son mari (Georges Marchal) à commettre ce qu'elle craint … Et lorsque ce qu'elle craint s'appelle Jeanne Moreau, on comprend les faiblesses du monsieur ! Rassurez-vous, la morale sera sauve …

1949 - L'HOMME QUI REVIENT DE LOIN, de Jean Castanier

Film de faux esprits et de fantômes fabriqués, cette oeuvrette est difficile à retrouver sur nos (petits) écrans hexagonaux. Annabella y est bien présente, en chair et en os. Face à elle, entre autres, la redoutable mais toujours merveilleuse Maria Casarès

1950 - LE PLUS BEL AMOUR DE DON JUAN, de José Luis Saenz de Heredia

Une petite surprise ! Sans crier au chef d'oeuvre, ce film, invisible en France, nous a plu. Antonio Vilar incarne un Don Juan digeste, les événements ne sont pas trop prévisibles, et Annabella, aventurière délurée, n'a rien perdu de son pouvoir de séduction, la quarantaine bien passée.

1950 - QUEIMA EL SUELO,de José Luis Saenz de Heredia

2006 - ANNABELLA, documentaire produit par Emmanuel Chouraqui et réalisé par José Sourillan.

José Sourillan fut, pendant plus de quinze années, un des intimes d'Annabella. Longtemps après sa disparition, il réalisa en 2008, aidé et conseillé par Sarah Eden, Emmanuel Chouraqui, le Prince Michel Romanoff (tous trois intimes d'Annabella) et Edi Devin, un merveilleux et passionnant documentaire. Des extraits de films, des bandes d'actualités, des films privées tournés à Hollywood en 1934 et lors du voyage de noces (avec Tyrone Power) en août 1939 complètent et illustrent l'interview de l'actrice qui égrène ici ses souvenirs avec tendresse et émotion. Anne Power Werner, sa fille, et des amis intimes interviennent pour porter témoignage. Une version américaine est en préparation où les interventions de Patricia Neal et Maria Cooper, fille de Gary, complètent la version précédente. Ce film, tourné pour la télévision (où il est passé déjà 12 fois !) n'existe pas encore en version commerciale DVD.

Texte de Christian Grenier (2010)
Sur une idée et des documents choisis par Anne Power et José Sourillan, une création de L'Encinémathèque