ANNABELLA (1907 / 1996)

L'ENFANCE

Elle était née Suzanne Charpentier dans le 9eme arrondissement de Paris, le 14 juillet 1907, le jour même de cette fête nationale qui sera, 26 ans plus tard, le titre de son film fétiche. Peu de temps après, la famille quitte Paris pour la Varenne Saint Hilaire où Suzanne, petite fille espiègle et rêveuse, passe le plus clair de ses loisirs à organiser des spectacles pour ses poupées ! Son père Paul, directeur du Journal des Voyages, adepte de Baden Powell, avait contribué à implanter le scoutisme en France ; Suzanne (que les intimes appellent Zette) accompagne son père dans toutes les expéditions : là, elle devient "loutre joyeuse" pour ses jeunes compagnons scouts. Alice, sa mère, deuxième prix du Conservatoire de musique, joue à merveille Chopin au piano à longueur de journée : «mon père c'était l'aventure, ma mère était le rêve». Aussi, de très bonne heure, la jeune fille est conquise par le théâtre et le cinéma : il faut dire que son oncle, Georges Saillard, acteur à l'Odéon et ses tantes, Germaine Dermoz et Jeanne Delvair (toutes deux à la Comédie Française), lui donnent conseils et encouragements. Paul Charpentier, passionné par la photographie prend des centaines de clichés de sa fille.

C'est ainsi qu'Abel Gance, qui prépare «Napoléon», découvre le visage de Suzanne Charpentier grâce aux nombreux clichés pris par son père.

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LES DEBUTS AU CINEMA MUET

Celle qui sera la star n°1 du cinéma français d'avant guerre, débute ainsi, en 1926, au temps du muet, dans ce film légendaire. Elle est d'abord engagée pour être Elisa, la jeune soeur de Bonaparte. Au cours du tournage, Zette se lie d'amitié avec Eugénie Buffet (Laeticia Bonaparte) qui intervient auprès de Gance pour qu'il lui confie le personnage de Violine Fleuri, adolescente mystique, amoureuse candide du futur Empereur.

Au milieu d'une distribution de prestige, la jeune fille réussit à donner à son rôle fraîcheur et consistance : elle s'y fait remarquer.

C'est à Abel Gance qu'elle doit aussi d'avoir transformé le nom de Suzanne Charpentier en Annabella en s'inspirant d'un poème d'Edgar Poe "Annabel Lee".

Le montage des six heures du film est achevé en avril 1927. Toutefois, c'est la version dite courte (de 3h30) qui est présentée lors de la première à l'Opéra de Paris. C'est un triomphe pour Gance, mais une terrible déception pour Annabella dont la plupart des scènes ont été coupées.

Le film suivant, «Maldone», est la première production de la Société de films Charles Dullin.

Dullin est avant tout un homme de théâtre ; depuis 1919, date de son premier rôle, il n'a joué que dans 6 films. II engage la jeune comédienne avec laquelle il se lie d'amitié, s'attribue le premier rôle masculin et confie la mise en scène à Jean Grémillon. Le film sort en février 1928.

Peu de temps après Annabella tourne un troisième film muet : «Trois jeunes filles nues»

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AVENEMENT DU PARLANT ET PREMIERS SUCCES

Au début du parlant, trois films révèlent le nom d' Annabella au grand public («Barcarolle d'amour» , «La maison de la flèche» et «Deux fois vingt ans»), mais c'est «Le Million» qui l'impose : dans le genre opérette féérique, c'est un pur chef d' oeuvre. Lors de sa sortie à Londres, «Le Million» est considéré comme le meilleur film jamais tourné en France. Dans ce film de René Clair où l'humour, la sensibilité et l'ironie font bon ménage, Annabella, vêtue d'un tutu, mène le jeu sur la pointe des pieds . Deux ans plus tard, elle est dans «Quatorze Juillet» (toujours de René Clair) une petite fleuriste, au charme juvénile, amoureuse d'un chauffeur de taxi : c'est la consécration. Désormais le nom d'Annabella est connu aussi bien aux USA qu'en Europe (anglais et américains la surnomment déjà «the petit' gamine of Paris») ; quant aux journaux français, unanimes, ils célèbrent cette jeune artiste qui «sans bruit, toute seule, sans tapages publicitaires, s'est élevée à la première place ; sa discrétion même suffirait à la faire aimer». Albert Préjean, héros de la Grande Guerre est un jeune premier populaire et un sportif accompli. Les producteurs et la presse associent son nom avec celui d'Annabella : vont-ils former le nouveau couple idéal du cinéma français ? Ils deviennent partenaires dans deux films à succès, «Un soir de rafle» et «Le fils d'Amérique».

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RENCONTRE AVEC JEAN MURAT

La joie de vivre d'Annabella, sa simplicité et sa bonne humeur font sensation; son seul nom au générique d'un film en assure le succès. Dans la comédie «Paris Méditerranée» elle est une jeune vendeuse dans un grand magasin, au rayon phonographes ; elle chante (doublée par Leila Ben Sedira) «La valse câline» qui devient un grand succès de la radio et du disque. Au cours du tournage, elle tombe sous le charme de Jean Murat (43 ans , les tempes grises ; il est l'idole du public féminin). Ils se marient; il lui apprend toutes les ficelles du métier: son Pygmalion en somme ! Ils forment pendant 4 années un couple très admiré que les producteurs vont, par trois fois, réunir à nouveau …

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LES GRANDS NOMS DU CINEMA SE DISPUTENT SON CONCOURS

Rapidement, les plus grands metteurs en scène la sollicitent: Robert Siodmak, Carmine Gallone, Paul Féjos, Nicolas Farkas, Anatole Litvak, Marcel l'Herbier, Julien Duvivier, Marcel Carné. En quelques années Annabella est devenue l'actrice la plus populaire du cinéma européen: elle travaille en Allemagne, en Autriche et en Hongrie, puis c'est New York et Hollywood en 1934 pour y tourner la version destinée à l'Europe de «Caravane», la nouvelle production d'Erik Charell ; son partenaire y est Charles Boyer, avec lequel elle a déjà tourné «Barcarolle d'amour» et «La bataille» , (métamorphosée en marquise japonaise). Sur le plateau de «Caravane» de jeunes comédiens viennent la saluer: Spencer Tracy, Clark Gable, Kay Francis accompagnée de Maurice Chevalier, son soupirant d'alors.

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TROIS GRANDS SUCCES CONSOLIDENT SA POPULARITE

C'est maintenant la période des grand succès commerciaux: Anatole Litvak lui donne le premier rôle féminin de «l'Equipage» d'après le roman de Joseph Kessel ; elle y donne la réplique à Charles Vanel, Jean Pierre Aumont et à son mari Jean Murat. Vient ensuite «Variétés» aux cotés de Jean Gabin et Fernand Gravey (elle tourne aussi la version allemande avec Hans Albers) ; lors du tournage elle est blessée par un ours. Alors qu'elle est en convalescence auprès de sa famille au Pilat près d'Arcachon, Julien Duvivier la demande d'urgence pour remplacer sa vedette féminine défaillante de «La Bandera». Annabella y incarne une jeune danseuse berbère amoureuse du légionnaire Jean Gabin ; sorti à Paris le 20 septembre 1935, l'oeuvre est présentée à New York sous le titre «Escape from Yesterday».

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RECOMPENSE A LA BIENNALE DE VENISE: LA COUPE VOLPI

Avec «Veille d'armes» de Marcel l'Herbier, Annabella ouvre sa carrière à un répertoire plus dramatique : le 4 septembre 1936, à la 4è Biennale de Venise, son talent y est reconnu par la profession puisqu'on lui attribue la Coupe Volpi (l'équivalent de l' Oscar américain ). C'est une récompense prestigieuse : jusqu'en 1939, le prix sera décerné à des célébrités aussi talentueuses que Helen Hayes, Katharine Hepburn, Bette Davis et Norma Shearer. Le film suivant est «Anne Marie» (ingénieur de l'aviation civile aimée de cinq aviateurs, dont Jean Murat et Pierre Richard Wilm) . «Anne Marie» passe à la postérité pour être tiré du seul scénario jamais conçu par Antoine de Saint-Exupéry.

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PREMIER FILM EN COULEURS TOURNE EN EUROPE

Les producteurs américains sont maintenant certains de pouvoir faire d'Annabella une star de Hollywood. La FOX l'engage et lui fait tourner en Angleterre «La baie du destin» de Harold Schuster, production de prestige pour laquelle Annabella doit se familiariser avec la langue anglaise (chez le médecin du Duc d'York). Le film reste dans la grande Histoire du Cinéma le premier long métrage en technicolor-trichrome tourné en Europe. Annabella y est tour à tour une jeune gitane, puis sa petite fille (déguisée en garçon) et enfin la jeune fiancée de Henry Fonda. Le succès est immense dans le monde entier. Le tournage reste l'un des meilleurs souvenirs de l'actrice. Encore deux films en Angleterre qui ne connaîtront pas un grand succès (et qu'Annabella préférait oublier) : «Under the Red Robe» avec un partenaire au nom prestigieux de Conrad Veidt, qui se montre insolent, sûr de lui et dominateur, et «Dinner at the Ritz», une comédie policière avec David Niven qui restera un ami fidèle plusieurs décennies durant. C'est enfin le grand départ vers les Etats Unis, sur le Normandie (voyage organisé par la Fox, à grands renforts de publicité) ; sa mère, sa petite fille Annie, son jeune frère Pierre, sa secrétaire et ses deux chiens sont de la traversée.

Mes beaux anniversaires…

LES PORTES DE HOLLYWOOD S'OUVRENT ENFIN

«The Baroness and the Butter/La baronne et son valet», tourné par Walter Lang dans les studios californiens de la FOX avec William Powell, est un demi succès en dépit de critiques élogieuses : "ils sont parfaitement délicieux tous les deux". L'atmosphère sur le plateau est triste et morose : William Powell est inconsolable de la perdre de sa bien aimée, Jean Harlow. Puis vient «Suez» d'Allan Dwan, l'ancien assistant de Griffith. Ce film, à très gros budget et en sépiacolor, est bâti autour de Tyrone Power, séducteur irrésistible, toujours entouré d'un essaim d'admiratrices. Tyrone y est Ferdinand de Lesseps, obsédé par la construction du canal; Annabella est Toni, une jeune sauvageonne amoureuse du grand bâtisseur. Entre les deux partenaires c'est le coup de foudre !

A New York puis Hollywood, la sortie du film en octobre 1938 donne lieu à des Premières “grand style” auxquelles Annabella n'assiste pas : elle est rentrée en France, à la fois pour divorcer de Jean Murat (avec lequel elle restera liée par une longue amitié), et pour honorer un contrat. Elle tourne, sous la direction de Marcel Carné «Hôtel du Nord» (financièrement, le film a été bâti sur le nom d'Annabella) ; elle y interprète le personnage principal, amoureuse suicidaire de Jean Pierre Aumont, mais c'est Arletty et Louis Jouvet qui lui “volent” la vedette avec leurs répliques taillées sur mesures par Henri Jeanson.

En décembre, retour aux USA pour «Bridal Suite» de William Thiele, avec Robert Young : pour apaiser Darryl Zanuck irrité par les rumeurs d'un mariage secret avec Tyrone, Annabella a accepté d'être «prêtée» par la FOX à la MGM, sous l'autorité tatillonne de Louis B Mayer. Le résultat est plutôt décevant.

1938 m'offrit de merveilleux partenaires …

TYRONE POWER LE NOUVEL ELU

C'est le 23 avril 1939, assistés de Pat Paterson (Madame Charles Boyer), de Don Ameche, ami de Tyrone et de très nombreux photographes qu'Annabella et Tyrone Power se marient dans le jardin de la maison qu'elle occupe à Saint-Pierre Road. Grâce aux actualités filmées, l'événement fait le tour du monde. Seul Darryl Zanuck, le patron de la Fox, a refusé de venir assister à ce qu'il estime être un désastre (pour le box-office). La presse raconte que les deux filles d'Harold Lloyd, amoureuses de Tyrone en sont presque mortes de chagrin. La 20th Century Fox intervient pour organiser le voyage de noces : Annabella s'y oppose, reste intraitable et “disparaît” avec Tyrone dans Naples, Venise, puis Rome (où tous deux sont reçus par le nouveau Pape Pie XII). Tyrone a acheté une caméra et fixe sur la pellicule 16 mm couleurs les multiples souvenirs du voyage. C'est ensuite Paris, puis la maison de campagne du Pilat où le couple est accueilli avec tendresse par les parents d'Annabella et par sa petite fille, Annie (adoptée par Tyrone, elle portera désormais son nom). Fin août 1939 la situation internationale se dégrade ; le couple rentre aux USA. Quelques jours plus tard c'est la guerre en Europe !

Annabella se souvient : «Malgré les tristes nouvelles venues de France, la vie avec Tyrone était un rêve ; c'était un être exquis et adorable… il m'écrivait des poèmes ; nos voisins, Gary Cooper, Henry Fonda, Fred Mac Murray et Douglas Fairbanks Jr, devinrent des amis intimes avec lesquels nous parlions politique, peinture, voyages - JAMAIS cinéma !».

Tandis que Tyrone tourne film sur film, Zanuck tient Annabella éloignée des studios. Pour s'occuper, elle joue, avec son mari, des pièces radiophoniques (CBS /Radio Lux Theatre) sous la direction du grand Cecil B de Mille : «Rage of Manhattan», «Blood and Sand», «Seventh Heaven»).

Que dire de 1939 !

7 DECEMBRE 1941: PEARL HARBOUR SOUS LES BOMBES

Après l'attaque japonaise sur la base américaine du Pacifique, c'est l'entrée en guerre des Etats-Unis. Alors que la France est soumise au joug de l'occupant, Annabella organise une fête de charité pour recueillir des fonds pour les Français Libres du Général de Gaulle : «Toutes les stars étaient là, chacune à un stand où elles vendaient des objets personnels : Joan Crawford, Gary Cooper, Fred Mac Murray, Claudette Colbert et bien d'autres ; le peintre Moise Kisling fait don d'un de ses tableaux». Puis ce sont les cours de secourisme à la Croix Rouge et les conférences : elle parcourt le pays en avion privé avec trois soldats (un marin, un aviateur, un fantassin) pour convaincre les Américains d'aider l'Europe à feu et à sang ; elle recueille aussi de l'argent par la vente des «war bonds».

En 1942, Bette Davis crée la Hollywood Canteen. Quand elle est à Hollywood, Annabella et son amie Claudette Colbert viennent danser et bavarder avec les soldats qui attendent de partir pour les zones de combat. Tyrone s'engage dans les Marines et refuse tout grade de complaisance (seul Henry Fonda fera de même); d'abord stage de formation à San Diego puis c'est le Pacifique. Chaque jour il écrit à sa femme (qui jusqu'à sa mort gardera religieusement les lettres).

En 1943, Annabella tourne pour la FOX deux films de propagande en faveur de la cause : ce seront «Bombers Moon» de Furh/Schuster, avec Georges Montgomery et «Tonight We Raid Calais» de John Brahm avec Lee J. Cobb (dans la France meurtrie d'après guerre, on jugea plus sage de ne pas programmer ces deux films où destructions et bombardements sont présentés avec complaisance).

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ANNABELLA ET LE THEATRE

Dès l'avènement du parlant, désireuse d'améliorer sa diction, Annabella avait suivi les cours du Conservatoire, sur les conseils de Charles Dullin, son partenaire de «Maldone». En octobre 1934 , avec la complicité de Jean Pierre Aumont, elle tente l'expérience de la scène, au théâtre des Champs Elysées, dans «Comme il vous plaira» de Shakespeare où elle est Rosalinde. En novembre 1938, juste avant de retourner aux USA, elle interprète deux scènes de «On ne badine pas avec l'amour» de Musset à la Comédie Française, lors de la soirée de Gala donnée à l'occasion des adieux à la scène de Jeanne Delvair, sa tante ; la critique est élogieuse : «les intonations si émouvantes d'Annabella n'ont pas manqué de faire sensation» . Mais les grands débuts au théâtre ont lieu en août 1941, au Country Playhouse de Westport, dans «Liliom» au côté de Tyrone Power et Zachary Scott, sur une mise en scène de Lee Strasberg, devant une foule en extase et un parterre de notoriétés. La critique est enthousiaste - le jeu des deux vedettes reçoit les félicitations de la presse unanime qui titre «voilà le nouveau couple pour Broadway» : on imagine la fureur de Zanuck ! Lors d'une matinée exceptionelle à l'Ecole militaire de West Point, la salle de 2000 personnes est comble. Annabella va renouveler l'exploit en jouant pendant six mois à Chicago «Blithe Spirit/L'esprit s'amuse»» de Noël Coward ; elle avait rencontré et sympathisé avec Coward chez Natacha Romanoff (Nathalie Paley au cinéma) et son mari le producteur John Chapman Wilson. En mars 1944, grand événement : Annabella fait ses débuts à Broadway dans «Jacobowsky and the Colonel» avec Louis Calhern ; elle y est dirigée par Elia Kazan. C'est un très grand succès.

Après la guerre, elle tentera de reprendre sa place à Broadway au côté de Claude Dauphin et dirigée par John Huston : ce sera «No Exit» («Huis-Clos» de Sartre). La première a lieu au théâtre Biltmore le 26 novembre 1946. Si les critiques sont élogieuses, le public américain est déconcerté par cette oeuvre jugée trop d'avant garde.

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LE THEATRE AUX ARMEES EN EUROPE

Arrêté par les allemands alors qu'il essayait de passer en zone libre, Pierre Charpentier, le jeune frère d'Annabella est jeté en prison : il y mourra de la tuberculose. Prévenue par la Croix Rouge, Annabella traumatisée décide alors de retourner en Europe. Ayant obtenu la nationalité américaine elle s'engage dans l'armée où elle est assimilée au grade de capitaine d'une unité non combattante (en cas d'arrestation par les Allemands, elle serait incarcérée dans un camp d'officiers). Elle est affectée au Théâtre aux armées (USO camp shows). Première destination, Casablanca (en avion de troupes), puis c'est l'Italie où elle rejoint à Caserta, le quartier général des forces armées de Méditerranée du Général Clark. Chaque soir, devant un parterre de GI's, c'est la projection de son dernier film «Tonight we raid Calais» puis elle joue devant la troupe «Blithe Spirit» la pièce de Noël Coward, converse avec les blessés, accompagne les brancardiers, allume des cigarettes, serre des mains, réconforte ceux dont l'espoir chancelle. Les paysages de l'Italie qu'elle a connus en 1939 sont maintenant des champs de ruines et de désolation. A Monte-Cassino où la bataille fait rage, le spectacle doit être reporté. En avril 1945, grâce à l'appuie de Claire Booth Luce (femme de l'Ambassadeur US au Vatican) elle obtient d'être affectée à la 3è armée basée en France. A Paris, l'heure des retrouvailles avec sa famille a sonné enfin.

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L'APRES GUERRE

Afin de clore le contrat qui la lie à la FOX, Annabella tourne son dernier film aux USA, peut-être le meilleur: «13 Rue Madeleine» de Henry Hathaway avec James Cagney. Le film est un succès, Zanuck propose alors un nouveau contrat de trois films : Annabella refuse. Divorcée de Tyrone Power qui s'est compromis dans des liaisons tapageuses avec Judy Garland et Lana Turner, Annabella rentre à Paris et tente de renouer avec le cinéma français dans trois films : «Eternel conflit» de Georges Lampin avec Michel Auclair et Louis Salou, «Dernier amour» de Jean Stelli avec Georges Marchal et Jeanne Moreau et enfin «L'Homme qui revient de loin» de Jean Castanier avec Paul Bernard et Maria Casarès. Dans les trois cas, la presse est discrète et le public boude .

Annabella tente alors de prendre un nouveau tournant avec l'ébauche d'une carrière espagnole. A Madrid, elle tourne une superproduction, «Le plus bel amour de Don Juan» de José Luis de Heredia avec Antonio Vilar: c'est un grand succès tant en Espagne qu'en Amérique latine ; la présentation du film sur les écrans français est éphémère. En 1951, il représente l'Espagne au Festival de Venise. A Madrid, la presse abonde d'articles associant les noms d'Annabella et du toréador Luis Miguel Dominguin ; les jounaux racontent qu'ils sont inséparables. Une très longue amitié les liera pourtant jusqu'à la mort de Dominguin.

Le film suivant, «Quema El Suelo» de Luis Marquina avec Tomas Blanco et Rafael Calvo, laisse Annabella insatisfaite. Elle quitte définitivement le monde du cinéma pour se retirer dans sa ferme de Contramundo, au Pays Basque, bien décidée à vivre, en fermière, dans un parfait anonymat. Trente cinq ans plus pard, par amitié pour Pierre-Jean de San Bartolomé, elle acceptera de participer à «Elisabeth», un long métrage dont la presse parlera abondamment et qui, bien qu'achevé, ne sera pourtant jamais présenté au public.

Mes amies les bêtes…

BIEN LOIN DES CAMERAS ET DES STUDIOS DE CINEMA

Passionnée par l'Histoire des religions, Annabella se plonge dans la Bible. Conseillée par le Père Piéplu (le frère de Claude), elle dévore les livres du Pasteur Boegner, de Jacques Maritain, Gustave Thibon, André Chouraqui. Avec le Secours Catholique, elle s'occupe activement d'oeuvres diverses ; ses admirateurs, qui ne l'ont pas oubliée, apprennent par les journaux qu'elle est devenue visiteuse de prison (elle le sera pendant 10 ans), qu'elle a créé à Fresnes le Vestiaire (afin de fournir aux prisonniers de longue durée une tenue décente lors de leur libération). Devant l'insistance de ses amis, le couple Montand - Signoret, elle rencontre et visite régulièrement Pierre Goldman, condamné pour meurtre.

Mais Annabella ne s'est pas pour autant isolée du monde qui l'approchait jadis : elle retourne régulièrement à Hollywood, fait des conférences, accorde des interviews, assiste à des galas. Le 13 avril 1964, à la cérémonie des oscars, elle prononce le discours de remerciements pour son amie Patricia Neal malade (cette dernière vient d'être sacrée meilleure actrice de l'année pour le film «Hud / Le plus sauvage d'entre tous»). Pat Lynch Gate, rencontrée jadis lors des représentations de «Liliom», l'invite à Madagascar où elle est devenue Ambassadeur des USA ; elle revoit Jacqueline Onassis veuve du Président Kennedy, Deborah Kerr (qui achète un terrain jouxtant Contramundo), reçoit les visites du prince Ioussoupov et de la famille Romanoff. Parmi les visiteurs réguliers : Oskar Werner (son gendre) et Joseph Kessel.

J'aurais voulu avoir l'orgueil de ne pas me retourner, mais…

Texte de José Sourillan (2010)
Sur une idée et des documents choisis par Anne Power et José Sourillan, une création de L'Encinémathèque